Femmes réseautées et engagées – La Marie Debout

Tissons des liens

Je suis toujours là / Paroles de survivants

À la première lecture du courriel que lui a adressé madame Catherine Joncas du théâtre Ondinnok en septembre 2017, Roxane Thériault s’est sentie grandement honorée. Le vent de panique est venu plus tard. Madame Joncas lui offrait la possibilité d’aller sur les planches pour prêter sa voix aux femmes autochtones, victimes et témoins de mauvais traitements. Leurs témoignages sont issus du document Les survivants s’expriment, publié en décembre 2015 par la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

La lecture publique de ces extraits du rapport se voulait un geste sur la voie de la réconciliation envers les Autochtones qui furent enlevéEs à leurs familles et fait pensionnaires dans des institutions dirigées par des religieux et religieuses. L’objectif de cette pratique était « de tuer l’Indien dans l’enfant » et de faire disparaître les Autochtones comme groupe culturel et social distinct. La parole des personnes ciblées par ces atrocités a été recueillie et concerne, pour la plus grande part, ce qui s’est passé dans lesdites institutions après 1940.

Roxane, qui a accepté de relever le défi, s’est sentie interpellée au plus haut point en prenant la parole lors de ce spectacle. Elle fut très expressive d’ailleurs! C’était pour elle un moment de sensibilisation qui passait par la reconnaissance des souffrances et des affronts vécus par les Autochtones.

Lecture publique

Crédit photo: Salima Punjani

Cinq civilEs sur scène, ainsi qu’un musicien, ont donné une performance touchante et inégalée un soir seulement : le 2 novembre 2017 au théâtre La Licorne.

Les interprètes ont soulevé l’assistance par leur authenticité, leurs intonations, leur indignation.

Propos d’une femme autochtone :

L’école servait à nous discipliner, à nous enseigner, à nous battre, à nous violer, à nous molester, mais je n’ai reçu aucune éducation. Je savais comment m’enfuir. Je savais comment manipuler. Une fois que j’ai compris que je pouvais obtenir de l’argent en échange d’attouchements, et cela peut sembler mauvais, mais une fois que j’ai compris que je pouvais toucher le pénis d’un homme pour obtenir une récompense, cela a donné le ton pour mon arrivée à l’adolescence; je pouvais faire des passes comme prostituée. C’est ce que le pensionnat m’a appris. Il m’a appris comment mentir, comment manipuler, comment échanger des faveurs sexuelles pour de l’argent, des repas ou quoi que ce soit d’autre.[1] 

Propos d’un homme autochtone :

J’ai toujours blâmé le pensionnat d’avoir tué mon frère. Il s’appelait Dalton. Jamais, jamais, jamais je ne leur pardonnerai. Je ne sais pas si mon père et ma mère ont déjà su comment il était mort, mais moi, je ne l’ai jamais su. Mais je sais qu’il est mort là-bas. Ils m’ont autorisé à aller le voir une fois avant sa mort, et il ne m’a même pas reconnu. Il n’était qu’un petit garçon allongé dans un lit, à l’infirmerie, en train de mourir. Mais moi, je ne savais pas qu’il était en train de mourir. Je l’ai juste appris après. Vous savez, c’est, c’était la fin de mon éducation.[2]

Les femmes de La Marie Debout se sont déplacées en nombre pour aller se souvenir et applaudir ce peuple autochtone toujours là : vivant et créatif.

extrait roxane

ldugas-blogue

Lise Dugas

[1] Les survivants s’expriment.

[2] idem

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Cette entrée a été publiée le 4 décembre 2017 par dans Nos soeurs autochtones.
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